Dans un petit village vivait Albert un homme
sans famille et sans amis. Il demeurait reclus dans sa petite maison. Cela
faisait tellement longtemps qu’il ne voyait plus personne qu’il craignait qu’on
lui adresse la parole. Il n’aurait su quoi dire ou quoi répondre.
Chaque matin il se levait, ramassait son journal
devant sa porte, le lisait en buvant son triste café. Il prenait connaissance
de tous les malheurs du monde. Aucune bonne nouvelle ne pourrait égayer ses
journées fades qui défilaient jour après jour. Il espérait retrouver Justine,
sa merveilleuse femme qui l’avait quitté un matin de Noël il y a de cela quinze
ans. Ils n’avaient pas eu d’enfants, mais avaient vécu une vie heureuse. Ils
riaient souvent, ils sortaient et s’amusaient comme des enfants, surtout
l’hiver dans la neige.
Depuis le départ de Justine, la vie d’Albert
s’était éteinte. Plus de sorties, plus de rires. Il s’était tellement renfermé
sur lui-même qu’il ne l’avait pleuré que lorsqu’elle avait fermé les yeux pour
la dernière fois et devant son cercueil au cimetière du village. Ce n’est pas
qu’il lui en voulait! Non, il était simplement triste et désemparé. Justine
était son moteur.
Ce matin du 21 décembre, absorbé par sa lecture
des catastrophes mondiales, Albert ne se rendit pas compte qu’un petit
personnage était attablé à côté de lui.
— Vous ne devriez pas lire ça, Albert.
Albert sursauta si fort qu’il renversa sa tasse
de café sur son journal.
— Qui êtes-vous? Comment êtes-vous entré?
réussit-il à articuler, malgré les battements accélérés de son cœur.
— Je suis le Lutin des lumières pour vous
servir.
— Le Lutin des lumières! C’est une blague. Je
n’ai besoin de rien et surtout pas des services d’un Lutin. Et puis comment
connaissez-vous mon nom?
— Je vous connais Albert. Je vous observe depuis
de nombreuses années. Je sais que vous êtes malheureux depuis que Justine vous
a quitté. Elle n’aimerait pas vous voir dans cet état. Depuis tout ce temps, il
faut vous ressaisir.
— Me ressaisir? Mais pour faire quoi. Je n’avais
que ma belle Justine dans la vie. C’est moi qui aurais dû partir. Elle, elle
aurait su comment survivre et continuer à s’amuser.
— Alors, faites ce que Justine aurait fait. Vous
aimiez décorer votre maison. Pourquoi avoir arrêté?
— Parce que c’est Justine qui voulait le faire.
Elle était beaucoup plus enjouée que moi. C’est grâce à elle si je me suis tant
amusé auparavant. Maintenant qu’elle n’est plus là, à quoi cela me servirait
d’installer les décorations? De toute façon, personne ne vient jamais me
visiter. Si vous me connaissez si bien, vous devez le savoir que je n’ai aucune
famille. Je suis seul au monde, dans un monde qui part à la dérive.
— D’après vous pourquoi tout le monde décide
d’apporter un peu de gaîté en ce temps de fêtes? C’est une très belle façon
d’oublier les malheurs pour un temps, de se tourner vers les autres et
d’emmagasiner de la chaleur humaine. Ne restez pas seul enfermé dans votre
maison qui disparaît la nuit tombée.
— Vous pensez que mettre des lumières sur ma
maison va faire venir les visiteurs. Personne ne s’occupe plus de son voisin.
Chacun vit dans sa propre bulle. Si je venais à mourir ce soir, personne ne
s’en apercevrait.
— Vous avez un peu raison, je vous l’accorde.
Promettez-moi de faire un essai cette année. Si j’ai tort, jetez vos lumières
et ne les installez plus jamais. Si j’ai raison, vous allez vivre un beau temps
des fêtes avec vos voisins. Me le promettez-vous?
Albert regardait le Lutin sans dire un mot. Il
se revoyait avec Justine alors qu’ils installaient les lumières avant la
première neige. Comme sa maison était belle à ce moment-là!
— Si cela peut vous faire plaisir, dit-il
finalement. Mais je ne suis pas tout jeune, je ne peux plus monter sur
l’échelle.
— Pourquoi ne pas aller voir votre voisin et lui
demander de vous aider?
— Pourquoi le ferait-il? Il ne me connaît même
pas.

— Qu’est-ce que je vais lui dire?
— Laissez parler votre cœur tout simplement.
Le Lutin avait fini par réveiller un peu de
bonheur dans le cœur calcifié d’Albert. Ce dernier se leva, mit son manteau et
ses bottes puis traversa la rue. Son voisin le salua gentiment. Le Lutin
regardait par la fenêtre en souriant. De temps en temps, les deux hommes
regardaient la maison d’Albert. Quelques minutes plus tard, Albert rentra les
larmes aux yeux.
— Vous aviez raison, dit-il. Cet homme est très
gentil. Il va venir m’aider à installer les lumières sur ma maison. Même plus,
il m’a invité à festoyer avec sa famille quand je lui ai dit que j’étais seul.
— Je suis content, criait le Lutin en sautant
partout. Je peux partir maintenant que tout est arrangé pour vous.
— Non ne partez pas encore.
— Ne vous inquiétez pas. Je repasserai de temps
en temps. J’ai d’autres missions qui m’attendent. Vous savez, vous n’êtes pas
le seul dans votre situation. Et puis l’année prochaine, je reviendrai voir si
vos lumières brilleront.
— Si tout se passe bien cette année, c’est
évident que je recommence l’année prochaine.
Albert était transformé. Son visage s’illuminait
quand il parlait. Il semblait avoir rajeuni de plusieurs années.
— Attention Albert. Après les fêtes, ne vous
renfermez pas à nouveau dans votre tristesse. Continuez à visiter vos voisins.
Sortez, occupez-vous et aidez les personnes qui ont besoin d’un petit coup de
pouce.
Albert prit conscience qu’une nouvelle vie
s’ouvrait à lui. Enfin, le soleil allait à nouveau briller pour lui et il se
sentit léger.
— Merci mon ami Lutin des lumières. Revenez me
voir s’il vous plaît. Vous verrez comment j’ai avancé. Allez maintenant aider
ceux qui ont besoin de vous. Moi je vais aller sur la tombe de Justine et lui
raconter votre visite.
— Très bien. Au revoir Albert. Ce fut un plaisir
de discuter avec vous. Vous avez encore de belles choses à accomplir.
Le soir venu, Albert était allé au cimetière avec
un bouquet de fleurs, sa dernière visite datait de bien longtemps, puis, aidé
de son voisin, les lumières illuminaient sa maison. Il s’était préparé un bon
souper qu’il avait dégusté avec un plaisir retrouvé.
Le soir de Noël, il traversa à nouveau la rue.
Il avait mis ses plus beaux habits et passa la plus belle soirée qu’il n’avait
jamais passée depuis le départ de Justine. Ses voisins étaient heureux qu’il
ait accepté, car depuis des années ils s’inquiétaient pour lui, mais ne savaient
quoi faire pour lui remonter le moral.
L’année qui suivit fut comme un tourbillon pour
Albert. Il était présent à toutes les rencontres qui pouvaient y avoir, il
s’impliquait dans toutes les activités, il aidait les gens dans le besoin. Il a
même appris à cuisiner et invitait ses nouveaux amis.
De temps en temps, le Lutin revenait faire un
tour afin de voir si tout allait bien pour Albert. Un an après sa première
visite, Albert décora à nouveau sa maison, mais ajouta un Lutin géant devant sa
porte qu’il saluait chaque fois qu’il passait devant.
Ce petit conte de Noël vient clôturer cette année de blogue, de belles
rencontres, de belles expériences. Je prends un petit arrêt d’écriture pour
vous retrouver le 11 janvier 2016 avec de nouvelles histoires inventées ou
vécues.
Je vous souhaite toutes et tous de très belles fêtes, entourés de vos
familles et amis. Que cette nouvelle année qui approche à grands pas vous
apporte bonheur, santé, réalisation de tous vos projets. Joyeux temps des fêtes.